#16

Even 30, 2011

DU CUBE DE TOLE ROUGE
ELLE SORT ET RENTRE EN LAMES
LE TECHNESQUE AU BUREAU OBSERVE
LES AILES CRIARDES DANS LES ECLATS SOLAIRES
LES TEMPI SOLITAIRES
AMERRI GISEMENT DE SURDITE FANTASQUE
MOUROIR EN CALYPSO
ALORS QU’ELLE TIRE LE CABLE TRANSATLANTE
BLEUIT
LE TEMPS MACHINE FILE AU SITE
AU LOINTAIN ELLE LUIT

#15

Even 14, 2011

Au cœur des rouges flambants et des soleils pyrotechniques de la grande scène, Swann Reese hurle « La fuerza pagana ! » et son cri, roulant sur des cataractes synthétiques, porté aux cimes par les roulements torrentiels de la caisse claire, pénètre chaque membre de la foule qui le scande en retour, mille « fuerza pagana ! » renvoyés en déflagration par les façades, mille hurlements qui se muent en un véritable tremor, une secousse tellurique qui ébranle jusqu’aux fondations de la cité, un tsunami sonique né de la bouche d’un ange déchu, un ange de l’âge terminal, un ange du nom de Swan Reese.

#14

Even 12, 2011

Gwen marche vers l’entrée de l’entrepôt, son radar d’inspectrice ouvert à 360°. A sa droite, les camions de transport en stationnement émettent une forte odeur de gasoil. Elle longe le quai de débarquement taché d’huile, traverse la rampe d’accès vers un poteau de soutènement. Diagonale rapide. Pause à la limite de l’ombre, le temps que les yeux accommodent. Scan de la zone d’entreposage : la voie est libre, l’espace rempli de fûts strictement immobiles. Effluves de matériaux industriels au stockage. Gwen longe les rangées, repère une étiquette sale, carré blanc sur fond métal. Du pouce elle essuie la poussière grasse, dévoilant un logotype rouge corail en forme de trident. Ses pupilles s’élargissent durant une fraction de seconde, le temps que la connexion neuronale s’établisse, que l’infime charge électrique parcoure son nerf optique, déclenche dans son cerveau une cascade de potentiels d’action permettant à l’influx nerveux de se propager vers l’aire cible où est enregistrée l’information, celle dont elle a besoin à cet instant précis. Immédiatement Gwen identifie le schéma. C’est le monogramme de Drax Ltd.

#13

C'hwevrer 25, 2011

Allongé dans la cellule, il méditait en écoutant la pulsation lente du compresseur. La fille blonde avait parlé d’un recueil d’hymnes révolutionnaires intitulé Chants renégats et d’un dénommé Jung Wan qui pourrait le renseigner à ce sujet. Lui procurer l’ouvrage, avec un peu de chance. Il avait l’adresse de la bouquinerie tenue par le type dans le quartier coréen, une échoppe semi-clandestine où se trafiquaient « des tas de trucs pas très légaux », avait dit la fille.

#12

C'hwevrer 25, 2011

C’est fête en Thèbes. Règne de l’encens. Les belles en tresses, nées des thermes, se jettent en cercles, mènent temps et degrés. Tête penchée, benêt, Enes pèse de tendres pensées. Estelle, svelte en ses lés, serre ses flèches. Enes, Enée ? C’est Enée. Et l’envers d’Estelle se grée, leste, des gestes de fer d’Enée. Gel. Enès et ses rêves de déesse s’ébrèchent. C’est thrène en Thèbes.

#11

C'hwevrer 23, 2011

Rioux s’extraya par le trou d’homme du blockhaus ensablé et s’élança, nu, vers l’océan. Sous ses pas le sable volait comme poudre. La brise de mer l’emportait par bouillons secs vers la pente douce de la barkhane, au sud-est. Rioux sauta les premières vagues comme à la course de haies, jetant de larges éclaboussures sur son passage. De l’eau à mi-taille, il plongea sous le rouleau juste avant que celui-ci n’éclate. Une flèche de chair forant la muraille liquide. Pendant un temps l’homme s’effaça de la surface de l’océan. Il émergea à vingt brasses de là, dans la laisse miroitante du jeune soleil, et nagea en paix. L’aube était calme, des sternes pêchaient un peu plus loin au nord.

#10

C'hwevrer 22, 2011

Quand André perdit son majeur, il faisait le compte des planches qu’il lui faudrait pour agrandir l’enclos. Sept chèvres et bientôt un petit, porté par Roussette la prodigue. Tout à ses calculs, dans l’étable mal éclairée, l’éleveur ne vit pas qu’il s’était trop approché du mécanisme d’entraînement de la pompe. Happé par la courroie, le doigt, qui entraîna le bras et tout le corps à sa suite, fut tranché par les gorges de la poulie. Le lien étant rompu, le corps se dissocia de la machine, emporté par l’inertie. André tomba à la renverse, trop surpris pour même jurer. Étourdi, mit quelques secondes avant de se reprendre. Une flaque de sang sur le sol. La forme bizarre de la main. Le moignon. Et la douleur qui monte, par pulsations, dans le majeur absent.

#9

C'hwevrer 21, 2011

La Chevy Impala champagne prend à droite, entre dans le parking et vient se garer devant le bâtiment commercial, un parallélépipède rectangle habillé de tôles blanches. Quatre hommes de type hispanique en sortent et se dirigent vers l’entrée. Sans marquer d’arrêt, ils pénètrent à l’intérieur. Trois minutes vingt-et-une secondes plus tard, les quatre hommes ressortent du bâtiment et regagnent leur véhicule. L’Impala quitte le parking et s’insère dans la circulation du boulevard à une vitesse réglementaire. Au total, l’opération a duré six minutes et neuf secondes. Un peu plus de cinq minutes pour douze mille dollars de butin.

#8

C'hwevrer 19, 2011

L’arquebusier Schumzeitschknitt chérissait la pure action. Relatant la bataille des Nordes, il me narra une fois encore les hauts faits de la onzième escouade des lansquenets du Stolzer, leur courage flamboyant, leur ténacité sans faille, l’esprit de corps dont ses camarades et lui-même avaient fait preuve et sans lesquels l’issue de la bataille eût été, sans nul doute, fatale, etc., etc. Cela, proclamait-il, était de la pure action. Au fond, je n’avais rien à lui opposer et les frémissements de sa fière moustache interdisaient d’autorité tout commentaire. Une action de cette espèce n’était-elle pas le résultat de la juxtaposition d’éléments exécutés dans les règles de l’art militaire ? Une suite de stations parfaitement pesées, délimitées dont le tout dépassait la somme des parties ? Le bon Schumzeitschknitt me tira de mes rêveries de pure réflexion en choquant sa choppe contre la mienne, mouvement qui eut pour effet, ma main s’étant amollie, d’aller répandre quelques gouttes de breuvage moussu sur mes pauvres notes.

#7

C'hwevrer 19, 2011


Il avait encore rêvé de la fille. Combinaison de cuir unie et bottes de course, pressant entre ses cuisses une Arona 1100 passée au polish – livrée jaune et noir mat, superbe machine. Xenia la motarde se pointait dans ses rêves depuis une semaine. Xenia la motarde l’obsédait. Xenia la motarde ne voulait pas mettre les gaz et lui foutre le camp. A la fin du rêve, elle tournait très lentement la tête et lui souriait, un sourire radieux, effronté, cinglant. Putain de diva. Puis la fille enfilait son casque et disparaissait dans un fondu au noir du plus bel effet, avec étincelles tournoyantes au générique.

Heuliañ

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