Autofiction : L’arrivée de M.H.
Meurzh 1, 2011
Vendredi, six heures et quart, boulevard Auriol. La Prius hybride — noir officiel et vert écolo — de monsieur le maire accoste le trottoir. Cinématique de la sortie des passagers, fluide et très rapide, monsieur le maire, Michel et une dame (l’éditrice ?) glissent sur quelques mètres, en diagonale, vers l’entrée de la librairie. L’escouade flicarde débarquée une seconde plus tard jauge le niveau de sécurité : vert, good to go. Pas d’émeute. Michel est à la fête aujourd’hui, pas au procès. Et se laisse porter par le flux expert, l’air un peu anxieux, l’air un peu excité, l’air un peu fatigué. Crochet entre la tente cocktail (ont-ils prévu de la charcuterie avec le champagne ?) et la queue des fans bien alignés sur cent mètres, patientant. Les Parisiens patientent. C’est comme au cinéma, le samedi soir devant l’UGC Gobelins. Familles, vieux, jeunes couples. Des célibataires, hommes et femmes. Quelques admiratrices, routardes ou joliettes, une timide en tailleur mini jupe, une rockeuse, des filles de lettres et d’ailleurs. Et la brochette de branchés, TV et compagnie. Des gens connus, certainement, aussi. Je ne connais pas les gens connus. Il est facile des les reconnaître : ils s’attendent à l’être, tellement, et ça se sent. Indices : le sac de boutique chic, genre Muji, le bonnet boboïte, le chemisier transparent, les escarpins effilés. What the fuck? Ici c’est plutôt Tati boutique, chérie. Viens faire un tour dans mon Carrefour Market (ex-Champion), à Italie II, ou dans mon Géant Casino, à Massena (le meilleur, à mon humble avis). Viens t’encanailler et jouer à la caissière, scanner tes courses aux caisses automatiques.
J’étais content pour Michel. Je ne suis pas entré dans la librairie. J’ai remonté le boulevard, dépassé la pompe à essence. Je suis rentré chez moi après un crochet par le rayon surgelés. Et puisque j’aime les coïncidences : La Photo du 23 septembre 2010.